Le royaume du Cambodge, peuplé de près de 17 millions d’habitants, continue de rayonner malgré les séquelles profondes laissées par le génocide perpétré par les Khmers rouges dans les années 1970. C’est un pays que je parcours inlassablement depuis plus de vingt ans, attiré comme par un aimant.
A chaque expédition, une image m’étonne et me fascine toujours autant : celle des femmes khmères vêtues de pyjamas colorés, déambulant avec grâce et assurance dans les rues, les marchés ou les restaurants.
Le pyjama, un vêtement du quotidien
Qui a dit que les pyjamas étaient réservés à la nuit ? Au Cambodge, cet habit franchit les murs de la chambre à coucher pour s’imposer comme un véritable vêtement de jour. Confortable, ample, adapté au climat tropical, le pyjama s’affiche partout, de l’étal d’un marché à une sortie entre amies.
Traditionnellement défini comme un vêtement d’intérieur léger, composé d’une veste non ajustée et d’un pantalon souple, le pyjama a probablement été introduit au Cambodge durant l’époque du protectorat français. À cette époque, seuls les plus aisés pouvaient s’en offrir, et en faire étalage était un signe ostentatoire de richesse. Aujourd’hui, bien qu’il ait perdu sa connotation élitiste, il demeure omniprésent dans les garde-robes féminines khmères.
Entre tradition, mode et confort
Disponible pour quelques dollars sur les marchés ou auprès de vendeurs ambulants, le pyjama est plébiscité pour sa légèreté, sa praticité, et surtout son confort. Les femmes khmères l’affirment avec le sourire : « C’est très confortable ! »
Dara, vendeuse au marché, précise : « Moi, je n’aime pas les pantalons avec des fermetures éclair. Le pyjama est une tenue à part entière. » Son amie renchérit : « À mon âge, avec la chaleur, j’ai besoin de vêtements amples et doux. L’élastique à la taille, c’est la liberté. »
Ce n’est donc pas un simple choix vestimentaire, mais une réponse aux réalités du quotidien : chaleur constante, longues heures assises, recherche de praticité. Arun, la couturière s’applique à trouver des modèles originaux, colorés, souvent ornés de fleurs ou de motifs fantaisie. Une vraie mode est née, renouvelée à chaque saison, où l’on se compare, se complimente et s’inspire entre voisines.
Une garde-robe bien distincte
La plupart des femmes possèdent plusieurs ensembles de pyjamas, distinguant ceux réservés à la nuit, plus discrets, de ceux portés en public. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas un signe de négligence : bien au contraire. Se couvrir entièrement est aussi une forme de respect, un choix pudique, souvent adopté par les jeunes femmes mariées, mères de famille. Le short ou le débardeur ? Trop suggestifs, trop inconfortables, expliquent-elles.
Ce vêtement devenu emblématique rappelle d’ailleurs une tendance européenne du début du XXe siècle : dans les années 1920, les femmes françaises portaient des pyjamas sur la plage pour éviter de trop bronzer, à une époque où la peau claire restait un signe de distinction.
Un symbole d’identité
Si les Occidentaux voient dans le pyjama une influence européenne, les Cambodgiens, eux, évoquent une origine thaïlandaise, vietnamienne ou chinoise. Quelle que soit sa provenance, il a trouvé ici un ancrage culturel unique.
Aujourd’hui, au Cambodge, le pyjama n’est pas un oubli du matin ni une faute de goût. C’est une affirmation de soi, un geste de liberté, un reflet du quotidien. Et comme me le confie l’une de ces femmes rencontrées lors de mon reportage : « Et après tout, qui ça dérange ? »
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